Dans la technique mixte utilisant un médium gras et une émulsion, il faut peindre dans le frais et, lors de chaque reprise sur couche sèche, appliquer une fine couche de vernis à retoucher, puis repeindre dans le frais avec le médium gras et son émulsion. Cette méthode est souvent présentée comme permettant d’éviter la règle du gras sur maigre. Ma question est donc la suivante : si l’on travaille uniquement au médium gras, pourquoi ne pourrait-on pas simplement passer un vernis à retoucher avant chaque reprise, au lieu d’augmenter progressivement la quantité de médium dans la pâte à chaque nouvelle couche, comme l’impose la règle du gras sur maigre ? Merci.
Joseph Buchler
Bonsoir Joseph,
"Dans la technique mixte utilisant un médium gras et une émulsion, il faut peindre dans le frais et, lors de chaque reprise sur couche sèche, appliquer une fine couche de vernis à retoucher, puis repeindre dans le frais avec le médium gras et son émulsion."
Le fait de passer une fine couche de vernis à retoucher (ou plus exactement du médium employé, mais abondamment dilué) n'est pas une obligation, mais cela facilite beaucoup le travail des modelés. Par ailleurs, cela permet de reprendre partout, au médium comme à l'émulsion, sans avoir à se poser la question de savoir si le dessous est gras ou maigre.
"Cette méthode est souvent présentée comme permettant d’éviter la règle du gras sur maigre."
Elle le permet avec certitude !
"Ma question est donc la suivante : si l’on travaille uniquement au médium gras, pourquoi ne pourrait-on pas simplement passer un vernis à retoucher avant chaque reprise, au lieu d’augmenter progressivement la quantité de médium dans la pâte à chaque nouvelle couche, comme l’impose la règle du gras sur maigre ?"
Je commencerais par rappeler quelques avantages de la technique mixte : le médium sert essentiellement à poser des glacis et, s'il est de nature thixotrope, plus ou moins minces ou épais. Quant aux demi-pâtes, pâtes et empâtements, ils sont travaillés à l'émulsion, d'où un très faible jaunissement, une siccativation accélérée, et, si l'on emploie des produits correctement composés, une siccativation à cœur.
Si l'on travaille en "gras sur maigre", ces mêmes demi-pâtes, pâtes et empâtements sont, dans le meilleur des cas, travaillés au médium. Le jaunissement est donc plus marqué, les clairs sont moins lumineux, la siccativation plus lente et s'opère moins facilement en profondeur. Quant à la sensation picturale, elle est infiniment moins agréable. Les pâtes se conduisent plus difficilement.
Ta remarque est donc très juste. Elle montre que tu te poses les bonnes questions, que tu assimiles au fur et à mesure les données du problème. C'est d'ailleurs bien pour cette raison que les fabricants de produits Beaux-arts proposent tous des vernis à retoucher (qu'ils indiquent de laisser sécher avant la reprise, d'où la perte de l'effet lubrifiant) et que la plupart des peintres se servent de ces produits sans plus se soucier de la règle du "gras sur maigre". D'ailleurs, ont-ils vraiment compris ce qu'elle signifie et pourquoi on la rabâche dans tous les traités techniques ? La plupart pense qu'elle consiste à peindre mince et très dilué à l'essence au début, puis avec des pâtes plus épaisses en final... Technique impressionniste type.
Donc, tu as raison, on peut procéder comme tu le décris : reprendre sur un vernis à retoucher sans se soucier de respecter aucune règle. Cela peut souvent fonctionner, du moins si l'on est suffisamment scrupuleux sur les délais de siccativation avant la reprise (ce qui est aussi rarement le cas...), d'où les accidents bien connus : embus, plissement et craquelures.
Et c'est aussi pour cette raison que, depuis l'oubli des procédés de techniques mixtes, à la fin du XVIIème siècle, on s'est mis à abuser des vernis à retoucher, en particulier du bien connu "oiling out" des Anglo-Saxons, effectué à l'huile pure en particulier au XIXème siècle. On sait certains déboires que cette pratique, mal assimilée, a pu produire...
Je conclurais en disant que pratiquer la peinture ainsi, c'est, à mon sens, singulièrement appauvrir le procédé à l'huile, mais que cela peut se concevoir...
Bien cordialement,
Christian