Questions courantes

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J'ai reçu le message suivant :

 

Un mail pour  vous confirmer que mon colis est  bien arrivé  et que j'essaierai bientôt vos nouveaux produits avec l'aide de vos instructions envoyées par mail.

 

Je vous remercie de votre mail de confirmation.

 

Petite question : avec la  chaleur ambiante  certaines de mes toiles réalisées avec le médium flamand  ont tendance à ramollir et sont donc quelque peu collantes , la  surface peinte se fragilise.

Avez vous une recommandation pour éviter ce  problème ?

 

Concrètement, quel(s) signe(s) vous font dire que vous observez une fragilisation du film pictural ?

Depuis combien de temps ces toiles sont-elles peintes ?

Sont-elles achevées ou en cours d'exécution ?

Depuis combien de temps avez-vous posé la dernière couche picturale ?

Avec quel médium (Maroger ? gras flamand ? lequel ?)

Avec quel dosage des composants ? Dosage standard (type médium en tube : 1 vol. d'huile pour 1 vol. de vernis) ou dosage personnel à partir des flacons d'huile et de vernis ?

Problème plus particulièrement dans les parties au médium ? dans les parties à l'émulsion ? dans les deux ?

Si problème dans l'émulsion, dosage standard (type émulsion en tube : 1 vol. de médium pour 1 vol. de liant aqueux) ou dosage personnel ?

Quel diluant avez-vous employé ?

Y a-t-il une zone particulièrement affectée ?

Zone peinte en épaisseur ou de manière mince ?

Avec quel(s) pigment(s) a-t-elle été peinte ?

Si possible, avec quel type d'huile ces pigments ont-ils été broyés  ?

 

J'ai besoin de réponses précises afin de pouvoir cerner le problème. Dès réception de vos réponses, je poursuis la discussion.

 

Je vais essayer de vous donner tous les éléments  nécessaires à votre diagnostic.

Le ramollissement constaté concerne des toiles pour lesquelles je travaille beaucoup la transparence par couches successives de glacis en fines  couches. 

Je démarre par ce que vous conseillez : une couche  de médium de retouche puis le médium flamand à siccativité renforcée pour la mise en place, et au fur et à mesure par le médium flamand gras en couches plus épaisses ou le médium Maroger pour les détails du corps.

 

La succession de vos couches :

- Médium flamand à siccativité renforcée ;

- Puis médium flamand dans une autre version ;

- Et médium Maroger pour les finesses est tout à fait logique.

 

Cependant, le premier point qui peut poser problème dans la description de votre manière de travailler réside dans : « Le médium flamand en couches plus épaisses ».

 

Tout dépend, en effet, l’épaisseur de ces couches. Je m’explique : en final de votre courrier (voir plus loin), vous décrivez une procédure où vous alternez le travail au médium et celui à l’émulsion. Vous me dites, dans ce cas, ne pas avoir observé de problème. Et je confirme : c’est ma propre manière d’employer ces produits et je n’ai jamais rencontré de problème à travailler ainsi. C’est d’ailleurs la manière même de travailler la technique mixte : on alterne les couches grasses au médium sur lesquelles on reprend, dans le frais, à l’émulsion. Et cela, aussi longtemps qu’il est nécessaire. Les couches transparentes, au médium, demeurent donc, individuellement, relativement minces.

 

Ce constat ne signifie pas que l’on ne puisse poser successivement, les unes sur les autres, plusieurs couches de glacis au médium. Je le fais aussi couramment. Mais, tant que l’œuvre n’est pas encore proche de son achèvement, il est plus raisonnable, pour effectuer cet ensemble de superpositions, de limiter l'épaisseur de chacune des couches.

 

A l'inverse, les épaisseurs posées à l’émulsion, maigres par nature et beaucoup plus riches en pigments, peuvent être très généreuses sans aucune difficulté : Rembrandt ou Turner en sont de merveilleux exemples. Par dessus, vous pouvez poser de nouveaux glacis, d'où l'obtention d'une matière particulièrement étonnante. Voyez au bas de cette page.

 

Maintenant, il est quand même exact que l’on peut s'autoriser la pose de couches plus épaisses au médium. C’est même, précisément, l’une des possibilités réservée aux médiums thixotropes. Mais il est certain qu’il vaut mieux effectuer ce type de pose en final (comme le fait encore Rembrandt ; voir « Le bœuf écorché » au Louvre ») et, surtout, en assumer les conséquences. Je veux dire par là qu’il faut comprendre que la siccativation à cœur de ces empâtements transparents, même en présence d'oxydes métalliques y participant, va engendrer, parfois pendant un temps relativement long, une certaine mollesse de la couche picturale. Le rapport entre la quantité de pigments et celle du liant dans un glacis épais est, en effet, plus faible comparé au rapport pigments / liant dans une demi-pâte ou un empâtement. Le film obtenu est donc, naturellement, plus longtemps plus fragile.

 

Il est donc d’autant plus important de laisser les travaux basés sur une accumulation de glacis siccativer en présence d’air et de lumière. Les empiler les uns sur les autres n’est surtout pas la chose à faire. Je sais bien, malheureusement, que l’on n’a pas toujours la place d’exposer correctement tous les travaux que l’on produit. Mais il est alors impératif de laisser au moins un peu d’air circuler entre les travaux et, surtout, de ne pas faire entrer d’objets en contact avec les surfaces peintes.

 

J ai pu constaté le problème de ramollissement sur ces toiles aussi bien sur des toiles qui datent de deux trois ans ou neuf mois car ayant des problèmes de stockage certaines se sont retrouvées face au dos d une autre toile  et  se sont littéralement collées au bord de l'autre toile laissant une trace horizontale ou verticale.

 

Effectivement, appuyer sur la surface d’un tableau peint généreusement aura toujours tendance à marquer ; cela, pendant de très longues années. On considère, en effet, qu’un tableau est vraiment sec au minimum au bout d'une dizaine d'années. Ainsi, des restaurations effectuées sur certains Van Gogh peints avec une particulière générosité ont révélé que certains empâtements n’étaient pas encore secs à cœur, même après un siècle !

 

Au delà de ce problème spécifique  en les touchant avec le doigt je sens que ces toiles collent ce qui me pose un problème pour leur transport.

 

Je comprends bien. Il est connu que la résine mastic, comme la résine dammar d'ailleurs, est une résine tendre. Même si l’huile cuite compense largement cette relative fragilité, le mastic demeure ce qu’il est : indispensable à la gélification des médiums thixotropes, d'une belle transparence, d'un brillant discret et raffiné, il demeure un produit peu dur par lui-même.

 

Ce léger collant (je parlerais plutôt, à la manière des Américains, d'un certain "tacky") n'est pas un défaut en soi-même. S'il n'est pas excessif, preuve d'une siccativation insuffisamment avancée, il favorise même l'adhérence de la couche suivante. Dans des conditions normales d'exposition à l'air et à la lumière, il disparaît au bout de quelques semaines.

 

Cependant, si vous souhaitez protéger efficacement vos travaux et, en particulier, bloquer de manière définitive cette possible sensation de collant (sans doute réactivée par temps caniculaire), un vernissage après environ une année est quand même conseillé. Cette opération facilitera le transport. Il demeure qu'il vaut mieux, dans tous les cas, protéger la surface peinte du contact avec une autre surface susceptible de l'endommager. Indépendamment du rôle esthétique, c'est même l'un des rôles du cadre.

 

Pour appliquer le médium flamand je le prépare avec de l'essence de térébenthine rectifiée à proportion d'un tiers avec vos tubes prêts à l'emploi.

 

C'est le second point que je relève dans votre processus de travail : "Un tiers d’essence pour deux tiers de médium". Effectivement, votre emploi du médium semble généreux. Dans le mode d’emploi, pour un médium de travail courant, je préconise plutôt un volume de médium pour un à trois volumes d’essence. Le médium pur ou peu dilué est plutôt à réserver en final d'exécution.

 

Pour les couleurs j utilise les tubes old holland.

 

Je n'ai rien à redire sur ce choix.

 

J'espère vous avoir donné tous les éléments nécessaires.

 

Tout à fait. Et j’espère, de mon côté, avoir répondu à votre attente.

 

Pour les autres toiles travaillées avec le médium flamand et l'émulsion je  n'ai  pas du tout ce problème.

 

Vos achats récents vont vous apporter d’autres sensations picturales :

- Le médium Roberson comportant une part de médium copal donnera plus de dureté à vos glacis. Le problème rencontré avec la résine mastic sera donc minimisé. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faille prendre aucune précaution ! Il est même inversement possible que vous puissiez, parfois, malgré la présence d'un peu d'essence d'aspic dans ce médium, rencontrer une petite difficulté à faire adhérer une couche de glacis sur la précédente du fait de son imperméabilisation. L'introduction d'une trace d'essence d'aspic dans le vernis à retoucher est alors la solution. 

- De même, le médium à l’ambre vous apportera cette même protection supplémentaire du fait de la résistance exceptionnelle de cette résine. Mais son temps de prise est plus long. Les possibilités de superposition sont donc différentes.

 

N’hésitez pas à me tenir au courant de la suite de vos travaux.

 

Bien cordialement,

 

Christian VIBERT

 

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Merci pour vos réponses détaillées éclairantes et techniques qui correspondent à ce que je présupposais.

 

Concernant les fines couches de glacis avec donc surement trop de médium ,je cherchais à retrouver la fine transparence picturale lumineuse et profonde des tableaux de  Caspar David Friedrich que j'ai pu admirés lors d' un séjour à Berlin.
 
 
D'après  vos réponses  si j'ai bien compris ,en utilisant aussi de  fines couches d'émulsion et du copal ,je pourrai avoir le même résultat sans l'inconvénient du risque de ramollissement.
 
 
En résumé, par ordre d'efficacité, mes conseils sont les suivants :
 
1) Tant que faire se peut, laissez vos travaux siccativer à l'air et à la lumière. C'est essentiel !
 
2) Ne pas mettre en contact, surtout de manière prolongée, leur surface avec d'autres surfaces.
 
3) Les protéger par un vernis au bout d'environ une année.
 
4) Utiliser des couches de glacis moins épaisses, surtout en début d'exécution. Les glacis généreux sont à réserver en fin d'exécution.
 
 
D'après  vos réponses  si j'ai bien compris ,en utilisant aussi de  fines couches d'émulsion et du copal ,je pourrai avoir le même résultat sans l'inconvénient du risque de ramollissement.
 
 
5) Le médium Roberson, comme celui à l'ambre, vous donnera effectivement des glacis plus durs.
 
6) Si votre manière de travailler le permet, il vaut mieux alterner le travail par glacis au médium, et la reprise dans le frais à l'émulsion, avec une pâte translucide ou opaque, donc plus pigmentée. Par contre, vous n'êtes plus dans la stricte superposition de glacis, comme on le fait à l'aquarelle. On peut obtenir des glacis à l'émulsion, mais ils n'ont ni la même transparence, ni le même brillant que les glacis au médium. A priori, l'émulsion sert avant tout à poser les lumières. On l'utilise donc préférentiellement pour les vélatures, les demi-pâtes et les empâtements.
 
 
Cordialement,
 
 
Christian VIBERT
 

Date de création :10/07/2017 - 20:17Dernière modification :11/07/2017 - 11:51

 
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Christian VIBERT

- Ancien étudiant à l'Ecole des Beaux-Arts de Versailles et de Paris (ENSBA)

- Copiste au Musée du Louvre

- Licence d'arts plastiques Panthéon-Sorbonne Paris I

- Licence de sciences de l'éducation Nanterre Paris X

- Artiste peintre

- Fabricant de médiums
(auto-entrepreneur)

- Enseignant

- Formations en techniques de peinture anciennes (Moyen Age au XIXème siècle), préparation des huiles et des vernis gras

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